La diplomatie togolaise et la situation intérieure du pays se sont retrouvées au centre des échanges à l’Assemblée nationale. Réunis pour la deuxième fois ce 10 octobre 2026  pour la deuxième séance plénière de la deuxième session ordinaire de l’année 2026, les députés ont examiné et adopté en première lecture le projet de loi autorisant la ratification de la Convention portant création de l’Organisation internationale pour la médiation, adoptée le 30 mai 2025 à Hong Kong.

Au moment du vote, la députée Adjamagbo-Johnson a choisi de s’abstenir. Dans son explication, elle a mis en cause le décalage qu’elle observe entre les efforts de médiation du Togo à l’étranger et les réponses apportées aux tensions dans le pays. « Je refuse que le Togo prêche à l’extérieur une paix qu’il peine à construire chez lui », a-t-elle déclaré à « Flash info ».

Une initiative internationale dont elle reconnaît l’intérêt

La convention, initiée par la Chine avec d’autres pays, établit un cadre permanent pour faciliter le règlement des différends internationaux par la médiation. Le mécanisme repose sur le consentement des parties et la recherche d’une solution négociée, sans décision imposée par le médiateur.

Pour les États africains, ce mécanisme offre une possibilité supplémentaire de régler des différends avec d’autres États ou des investisseurs étrangers, en complément des tribunaux et de l’arbitrage.

En présentant son abstention comme une exigence de cohérence dans l’action de l’État, la députée précise qu’elle n’est « ni contre la Chine ni contre le Sud global ». Autrement dit, elle ne conteste pas l’objectif de cette convention, qu’elle juge intéressante et bénéfique pour les pays du Sud. Elle lui apporte son soutien de principe, estimant qu’elle favorise une meilleure représentation de l’Afrique dans les relations internationales et contribue à l’émergence d’un monde multipolaire.

La gestion des crises internes au cœur de l’intervention

L’élue a dit être « embarrassée » à l’idée de voter en faveur de cette ratification. En effet, elle interroge la crédibilité du Togo, qui défend le dialogue dans les différends internationaux alors que ses propres crises à l’interne ne bénéficient pas de la même attention.

Elle a notamment évoqué l’emprisonnement de citoyens pour l’expression de leurs opinions et soulevé la question de l’exécution de l’arrêt de la Cour de justice de la CEDEAO. Elle a demandé que des initiatives soient prises pour répondre aux préoccupations des Togolais et prévenir une aggravation des tensions.

Dans son argumentation, les engagements internationaux du Togo doivent trouver un prolongement dans la pratique nationale : respect du droit et protection des libertés.

Des échanges contestés dans l’hémicycle

L’intervention de la députée Adjamagbo-Johnson a suscité de vives réactions. Ses contradicteurs ont mis en avant la reconnaissance internationale des efforts de médiation du Togo, sollicité dans plusieurs dossiers. Ainsi, on lui a rappelé que le Togo, depuis le règne de feu le général Eyadéma, a toujours participé aux médiations et que cette implication se poursuit sous le règne de son fils, désormais une autorité de fait.

On lui a également rappelé que, sur le plan interne, les autorités n’ont jamais cessé d’initier des dialogues remis en cause par des opposants dont l’un d’entre eux a déclaré que « les accords n’engagent que leurs signataires ». On lui a même reproché de tenir un « débat de caniveau » et affirmé qu’une personne intelligente ne devait pas soulever ces questions dans un espace comme celui de l’Assemblée nationale, où la communauté internationale observe le pays.

Une abstention présentée comme un acte de responsabilité

Malgré ces divergences, le projet de loi a été adopté en première lecture par une majorité mécanique. La députée a, pour sa part, transformé son embarras en abstention, qu’elle présente « comme un acte de cohérence et de responsabilité ».

Pour Adjamagbo-Johnson, « la paix ne se proclame pas : elle se construit par le respect du droit et des libertés ». Elle ajoute que les Togolais méritent eux aussi cette paix, aujourd’hui tronquée. Son intervention a ainsi placé une question au cœur du débat : comment faire correspondre le rôle international du Togo en matière de médiation avec les attentes de sa population en matière de justice, de libertés et de dialogue ?