29 septembre : les agresseurs courent toujours

Comme pour rappeler qu’il y a deux ans, jour pour jour, le député sénégalais au Parlement de la CEDEAO, Guy Marius Sagna, des journalistes, des participants et elle-même avaient été agressés lors d’une rencontre citoyenne à l’endroit même où elle tient aujourd’hui sa conférence de presse, la députée Kafui Adjamagbo-Johnson s’est vêtue de la même manière qu’à l’époque.

Depuis, rien n’a véritablement bougé, si ce n’est que le directeur général de la Police nationale a été poussé à céder sa place au commissaire qui était chargé de l’enquête. Malgré la connaissance du dossier par l’actuel patron de la Police nationale, l’enquête piétine toujours.

Depuis cette agression, aucun mot de compassion n’a été prononcé par la présidence togolaise du parlement de la CEDEAO, encore moins par celle de l’Assemblée nationale du Togo. Mais la DMP ne lâchera pas l’affaire tans qu’elle n’est pas résolut

La Cours de Justice de CEDEAO a dit le droit : la réforme de la Constitution de la IVe République est anticonstitutionnelle

Après l’arrêt du 29 janvier 2026 de la Cour de justice de la CEDEAO, alors que certains réclament la démission des députés de l’opposition siégeant encore à l’Assemblée nationale, Kafui Adjamagbo-Johnson défend une autre approche, plus pragmatique : en attendant le moment opportun pour démissionner, il faut se servir du statut de député pour occuper efficacement le terrain institutionnel et utiliser tous les leviers qu’offre cette fonction afin de mieux contester, interpeller et mobiliser. La Cour communautaire a conclu que les conditions dans lesquelles la réforme constitutionnelle togolaise avait été menée violaient l’article 23 de la Charte africaine de la démocratie, des élections et de la gouvernance, en retenant notamment la question du mandat expiré de la législature qui avait engagé cette réforme.

Pour la députée, qui rappelle qu’elle et ses collègues ont été élus et proclamés députés sous l’empire de la IVe République, quitter l’Assemblée nationale uniquement pour poser un acte spectaculaire, sous le coup de l’émotion, reviendrait à renoncer à des moyens d’action dont ils disposent à ce moment critique de leur lutte. Elle affirme avoir utilisé son statut pour porter la situation togolaise auprès de la CEDEAO, de l’Union africaine, de partenaires diplomatiques, d’organisations internationales et d’institutions parlementaires.

« Nous siégeons pour servir d’instrument à la lutte »

C’est le cœur de son argumentaire. À ceux qui considèrent la démission comme un geste politique incontournable et fort, elle dit comprendre leur position, tout en leur demandant de faire preuve de patience.

Certes, la démission reste une possibilité, mais elle devrait intervenir au moment où elle sera utile à la stratégie de lutte. Autrement dit, pour Adjamagbo-Johnson, le siège de député, dans la situation actuelle, n’est pas une fin en soi, mais un instrument de lutte et d’action.

Revenant sur sa reddition de comptes, Kafui Adjamagbo-Johnson a expliqué que, dans le cadre de son activité parlementaire, elle a interpellé le gouvernement et posé des questions d’actualité ainsi que des questions orales et écrites. Elle a également consulté les acteurs concernés sur plusieurs textes sensibles, notamment ceux relatifs à la liberté d’association, à l’écosystème de l’innovation, à l’orientation agricole, à l’état d’urgence sécuritaire ou encore aux aires protégées.

Dans chacun de ces dossiers, elle suit le même fil conducteur : la défense des libertés publiques et la prise en compte des conséquences concrètes de ces textes sur les populations.

« Lier notre mission au quotidien des Togolais »

La députée refuse que son combat au sein de l’Assemblée nationale soit réduit à la seule bataille institutionnelle. À ce titre, elle a interpellé le gouvernement sur l’accès à l’eau potable, la récente hausse des prix des produits pétroliers à la pompe, les accusations de détournements à l’Office togolais des recettes, la situation des détenus politiques ou encore les conditions de gestion de certains projets publics.

Toutes ces actions ont un même dénominateur : contrôler l’action du gouvernement, lui demander des comptes et attirer l’attention sur les droits et les conditions de vie des Togolais.

Avec ses collègues de l’ADDI, elle continue de porter ces préoccupations auprès du gouvernement, qu’elle considère comme illégal mais qui exerce de fait le pouvoir, même lorsque leurs questions restent sans réponse ou ne sont pas programmées pour être débattues. Une situation qui, selon elle, traduit l’affaiblissement du contrôle parlementaire.

Lors des dernières inondations, elle a initié, avec les élus locaux de la DMP, des visites dans plusieurs zones sinistrées du Grand Lomé. Ces déplacements, qui visaient d’abord à témoigner leur solidarité aux populations touchées, ont permis de constater plusieurs insuffisances sur le terrain : entretien insuffisant des ouvrages lorsqu’ils existent et difficultés de drainage des eaux pluviales qui en découlent. Le constat dressé est sans équivoque : les inondations récurrentes posent la question de la gouvernance et de l’anticipation.

Un nombre réduit de sièges, mais une puissante caisse de résonance

Avec seulement trois élus de l’opposition sur les 111 députés siégeant à l’Assemblée nationale, Kafui Adjamagbo-Johnson et ses collègues ne prétendent pas peser par le nombre. Pour elle, mandatée par la DMP et élue par les populations, la stratégie est autre : transformer le mandat parlementaire en caisse de résonance nationale et internationale.

Questions au gouvernement, travail législatif, contacts avec des parlementaires étrangers, plaidoyer auprès d’institutions africaines et internationales : la députée entend montrer que rester, pour le moment, à l’Assemblée nationale ne signifie pas cautionner le système qu’elle combat.

C’est le principal message politique de cette reddition de comptes : « Nous sommes minoritaires, mais nous entendons utiliser chaque espace disponible pour agir. »